LES THÉORIES POPULAIRES AFRICAINES SUR LE CANCER DU SEIN

 

TOUT D’ABORD, COMMENÇONS PAR DIRE QUE…

Le cancer du sein est une maladie assez populaire en Afrique. Normal ! C’est le cancer qui fait le plus de victimes parmi les femmes africaines. Populaire, oui, mais paradoxalement mal connu des populations dont il foudroie près de 200 000 femmes chaque année sur le continent berceau de l’humanité. Et comme mère nature qui a horreur du vide, pour combler ce fossé d’informations, les femmes se créent elles-mêmes leurs propres explications. Il faut bien donner du sens à ce qui leur arrive. Vérité ou intox ? La question est posée et le débat ouvert. Pour l’instant, nous vous révélons dans cet article les théories populaires africaines sur ce cancer. Bonne lecture !

1- Le cancer du sein, une maladie mystique

Maladie mystique. Comprenez-la comme maladie causée par la sorcellerie. Pour celles et ceux qui ne le savent pas, la sorcellerie est une pratique magique et invisible effectuée en vue d’exercer une action, généralement malveillante, sur un être humain (sort, envoûtement, possession…). Le cancer du sein serait-elle une maladie lancée par les sorciers ? Ce qui est certain c’est que plus d’une personne en Afrique y croient fermement et ne manquent pas de le dire à qui veut l’entendre. Cette théorie, largement relayée par les tradipraticiens et les pasteurs d’églises réveillées en Afrique, dévoie avec un étonnant succès les patientes atteintes de ce cancer vers les églises et marabouts pour y chercher la guérison, ce qu’elles n’y trouvent généralement pas. Sauf que le temps passant, le cancer a eu le temps de se développer et de galvauder leurs chances de survie. Alerte aux fausses croyances !

2- Le cancer du sein, synonyme de mort imminente

Il est plus facile de faire passer un chameau par le trou d’une aiguille que de convaincre une Africaine qu’on guérit du cancer du sein. Pour elles, le cancer du sein est une maladie qui a une seule issue : la mort ! Pour comprendre ce positionnement radical, rappelons que si dans le monde, huit femmes sur dix sont encore en vie cinq ans après le diagnostic de la maladie, en Afrique seule une femme sur dix le sera encore. Les gouvernements et les organismes œuvrant dans le secteur de la santé maternelle ont donc encore un important défi à relever de ce côté pour redorer ce paradigme et convaincre la femme africaine à penser différemment.

3- Le cancer du sein, la malchance ou la punition divine

Ce qui est certain c’est qu’avoir le cancer du sein est un évènement péjoratif dans la vie d’une femme. Mais est-ce le simple fait du hasard (malchance) ou y’ a-t-il la main de Dieu derrière ce qui m’arrive ? Le Seigneur veut-il me punir pour des fautes que j’aurais commises dans le passé ou me fait-il écoper des conséquences des mauvaises actions qu’auraient posées mes ancêtres ? Ces questionnements initiaux qui se métamorphosent progressivement dans l’esprit des malades en symboles de vérités générales, témoignent de leur désir profond de donner une explication crédible, de donner du sens à ce qui leur arrive. Pour l’heure, nous ne pouvons ni confirmer ni infirmer l’hypothèse d’une cause divine, carmique ou surnaturelle au cancer du sein, mais ce que nous savons par contre c’est qu’il existe des facteurs qui augmentent le risque de certaines femmes, par rapport à d’autres de développer cette maladie. Ces facteurs de risque, les femmes africaines gagneraient à les connaître et à les combattre afin que jamais ne se développe dans leur sein un cancer du sein.

4- Le cancer du sein, une maladie causée par l’excès de tripotage et de succion des seins

Les femmes africaines ne tarissent visiblement pas d’inspiration quand il s’agit de donner une explication sur les causes du cancer du sein. Voici une des explications les plus répandues dans les communautés africaines: « C’est à cause des hommes ! Quand on fait l’amour ils aiment trop caresser nos seins et les sucer, c’est ça qui nous donne après le cancer du sein ». Pour certaines femmes africaines, c’est donc la faute aux hommes si elles développent plus tard dans leur vie un cancer du sein. Et quand elles le clament, c’est avec une ferme conviction, et toute tentative de leur démontrer le contraire est vouée à un échec cuisant. Il y’a donc encore fort à faire en Afrique pour changer le paradigme des femmes sur la question du cancer du sein.

 

 

EN DÉFINITIVE, CE QU’IL FAUT RETENIR C’EST QUE…

Le cancer du sein n’a pas fini de faire parler de lui sur le continent africain. Et dans cette course folle au savoir vrai, les théories populaires dont la véracité est au passage questionnable, semblent prévaloir au sein des communautés, et pour le plus grand malheur des femmes, premières victimes. L’urgence de la sensibilisation est donc déclarée ! Les institutions gouvernementales et les organismes œuvrant dans le secteur de la santé doivent activement se mobiliser. Il faut tuer à coup de sensibilisation les perceptions existantes. Sinon l’année prochaine, il y’aura encore des pleurs sur le continent et des milliers de cercueils vendus.

 

Écrit par : Ulrich Igor Mbessoh, MD, MPH

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