VOICI POURQUOI 9 FEMMES SUR 10 QUI ONT UN CANCER DU SEIN EN AFRIQUE FINISSENT PAR MOURIR

 

TOUT D’ABORD, COMMENÇONS PAR DIRE QUE…

Dans les pays occidentaux, sur 10 femmes qui ont un cancer du sein, huit d’entre elles sont encore vivantes au bout de 5 ans d’évolution de la maladie. Tandis qu’en Afrique, seule une femme est encore vivante 5 ans plus tard. Qu’est-ce qui explique cette mortalité plus élevée sur le continent africain ? Dans cet article nous vous donnons des éléments de réponse. Bonne lecture !

                       1- Le dépistage systématique du cancer du sein n’est pas effectif.

La mammographie. C’est le nom de l’examen qui permet de dépister le cancer du sein. La réaliser requiert un personnel ultra qualifié aussi bien pour son exécution que pour son interprétation, et des infrastructures spécifiquement équipées. Tel n’est malheureusement pas le cas dans beaucoup de métropoles africaines, n’en parlons plus des campagnes. Comment donc assurer dans ce contexte le dépistage systématique du cancer du sein ? Impossible : c’est la réponse exacte ! Et ces femmes, que savent-elles au juste sur le cancer du sein ? Les institutions ont-elles suffisamment sensibilisé ? Au regard des chiffres, on ne dirait pas. En effet, aujourd’hui encore en Afrique, huit femmes sur dix sont diagnostiquées lorsque le cancer a déjà atteint des stades avancés au moment où la guérison n’est plus envisageable. Situation volontaire ou simple coup du sort ? Le débat est ouvert. En tout cas, une victime a bel et bien été choisie dans cette affaire et elle, c’est la femme africaine.

                       2- Les croyances, tabous et peurs autour du cancer du sein éloignent les patientes du traitement.

« Ma chérie il faut cacher ta maladie sinon les gens vont se moquer de toi, ils vont t’abandonner, ils vont te rejeter. Tu sais, ici au village, on dit que le cancer du sein est un signe de malédiction, que ce sont les sorciers qui lancent ça. Donc il faut cacher, ne dis à personne, sinon tout le monde va te fuir ». Voilà des croyances très répandues en Afrique au sujet du cancer du sein et bien sûr, les conseils qui en découlent, donnés par les proches et qui éloignent les patientes de la trajectoire du traitement. La patiente elle-même s’immerge dans la complicité de la dissimulation de sa maladie. Pendant ce temps, le cancer poursuit sereinement son petit bout de chemin dans le sein de cette femme qui finira par décéder quelques temps plus tard, non pas du cancer du sein, mais tuée par les croyances, tabous et peurs qu’elle s’était construite autour du cancer du sein. Quelle tragédie ! Si seulement elle était allée à l’hôpital…

                       3- Les patientes vont chez les tradipraticiens et les pasteurs d’église au lieu d’aller à l’hôpital.

Aux maladies mystiques, les tradipraticiens ! Aux maladies spirituelles, les pasteurs ! Aux cancers du sein, les médecins ! Beaucoup de femmes atteintes du cancer du sein en Afrique prennent le chemin soit des tradipraticiens lorsqu’elles estiment qu’il s’agit d’un phénomène mystique, soit des églises à la recherche du miracle et de la guérison par la prière, soit les deux trajectoires à la fois, pour maximiser leur chances de guérison, justifient-elles. Cependant, une fois qu’elles prennent conscience que le miracle tant recherché ne risquera certainement pas venir de ces autels-là, elles arrivent enfin à l’hôpital en dernier recours, mais avec une maladie vive et des poches vides. Le tradipraticien et le pasteur véreux ont siphonné tout ce qu’il restait de leurs économies en les couvrant d’illusions de miracles et de promesses fallacieuses de guérison providentielle. Quelle irresponsabilité ! Quelle inconséquence ! Manipuler l’espoir et la crédulité d’une malade pour lui extorquer tout ce qui lui reste de sa maigre fortune, la laissant avec la mort lui pendant au nez et sans un sous en poche. Et vous, chères femmes africaines, on dit souvent qu’un homme averti en vaut deux. Désormais, vous savez que c’est à l’hôpital qu’il faudra vous rendre.

                       4- Lorsque les premiers symptômes apparaissent, les patientes préfèrent attendre.

« La patience est une vertu ». Tout porte à croire que les femmes africaines ont compris cela dans le mauvais sens. En effet, une récente étude conduite par l’ONG Médecins Sans Frontières montre qu’en Afrique, une femme met en moyenne 4 à 18 mois entre le moment où elle perçoit une anomalie sur son sein et le moment où elle se rend à l’hôpital pour consulter un médecin. Qu’est-ce que vous attendez souvent pour aller à l’hôpital ? Sur quoi comptez-vous au juste ? Êtes-vous consciente de l’ampleur du risque que vous prenez par votre négligence ? Malheureusement, pendant ce temps le cancer ne cesse de se répandre dans votre corps, d’un sein à un autre, d’un organe à un autre. Et au moment du diagnostic, les nouvelles ne sont pas bonnes, le cancer n’est plus guérissable, et ce sont les pleurs qui commencent. Comme quoi, tout vient à point à qui sait attendre…La mort aussi !

 

                       5- Les médicaments anticancéreux et la radiothérapie sont souvent rares et coûteux.

Diagnostiquer le cancer du sein est une chose, le traiter en est une autre. Que faire quand les médicaments sont rares ? Quand bien même ils seraient disponibles en pharmacie, l’équation n’est toujours pas résolue, vu qu’ils s’obtiennent à prix d’or. Que comprendre par-là ? Tout simplement que le riche vivra peut-être et le pauvre mourra certainement. Les cinq doigts de la main n’ont pas la même taille, alors qu’ils le devraient quand on parle de santé. Le constat est le même du côté de la radiothérapie ; n’y va pas qui veut mais qui peut. Avec en prime le fait que les radiothérapeutes tout comme les équipements de radiothérapie ne courent pas les rues sur le continent. Il faudrait donc encore les trouver sachant que certains pays ne comptent que deux radiothérapeutes pour toute la population. Comment donc ne pas enregistrer autant de décès dans un tel contexte ? C’est clair que l’Afrique est encore loin de sortir de l’ornière sur ce coup.

                       6- Les patientes et leurs familles sont généralement pauvres.

Pauvreté, quand tu nous tiens ! « Docteur, comment vais-je payer mon traitement alors que je ne gagne que 60 000 FCFA (100 dollars) par mois, et mon mari 120 000 FCFA (200 dollars) et que nous avons cinq enfants à nourrir à la maison ? A qui vais-je laisser ces enfants ?» S’est un jour exclamée, en pleurs, une patiente à qui je venais d’annoncer le terrible diagnostic. Comme elle, des milliers de femmes africaines sont aux portes du désespoir quand elles apprennent le diagnostic, voyant déjà leur mort prochaine, sachant qu’elles ne pourront pas faire face aux exigences financières que requiert leur traitement. Très souvent, les familles se cotisent pour payer une partie du traitement, jusqu’à ce qu’elles n’aient plus d’argent. A ce moment, tout ce qui aura été entrepris jusque-là n’aura servi à rien, vu que la tumeur va recommencer à s’étendre dans le corps, envahissant organe après organe, jusqu’au stade où la rémission ne sera plus possible. Pauvreté, quand tu nous tiens !

 

EN DÉFINITIVE, CE QU’IL FAUT RETENIR C’EST QUE…

La course de la survie aux cancers du sein en Afrique est émaillée de nombreux obstacles et d’importants défis à relever. La résolution de ces obstacles, doit faire l’objet de profondes réflexions au niveau des gouvernements africains. En effet, ce sont d’importants leviers sur lesquels il faut impérativement agir si l’on veut améliorer la survie de la femme africaine face aux cancers du sein. Si ces obstacles étaient désamorcés, alors au moins huit femmes sur dix seraient encore vivantes en Afrique après cinq ans d’évolution de la maladie. C’est notre vœu le plus pieu.

 

Écrit par : Ulrich Igor Mbessoh, MD, MPH

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