LES MOMENTS QUE TRAVERSENT LES FEMMES VIVANT AVEC LE CANCER DU SEIN : SAVOIR POUR MIEUX LES COMPRENDRE

 

TOUT D’ABORD, COMMENÇONS PAR DIRE QUE…

                              L’impact du cancer du sein sur la vie des femmes se fait déjà sentir au moment de l’annonce du diagnostic. C’est un véritable coup de tonnerre qui s’abat sur leur vie, pourrait-on s’exclamer. Mais il ne s’arrête certainement pas là. Le plat de résistance de cette expérience est servi quand débute le traitement. C’est là alors que tout va basculer. Entre perte de cheveux, perte de poids, perte de la libido et chirurgies mutilantes, elles ont à suffisance de quoi déprimer. Surtout que, quelle garantie ont-elles qu’elles sortiront vivantes de cette épreuve ? Cet article vous balade au cœur de cette expérience douloureusement singulière du vécu et des moments traversés par les femmes atteintes du cancer du sein. En effet, nous estimons que pour mieux comprendre ces femmes, il faut préalablement savoir ce qu’elles vivent, ce par quoi elles traversent. Bonne lecture !

                              1- Au moment du diagnostic

Encore aujourd’hui, l’annonce d’un cancer du sein résonne dans le tympan des patientes comme un tam-tam qui bat la cadence d’un rythme qui annonce une mort imminente. Et ce moment, symbolique et historique, se grave dans leur esprit comme une cicatrice indélébile du pire jour de leur vie. Oui ! C’est un évènement qui les traumatise par sa violence, sa soudaineté et son intensité, en entrainant chez elles des bouleversements émotionnels sans précédent. Seigneur, pourquoi moi ?! Assurément c’est un choc qu’elles viennent de recevoir de plein fouet dans leur vie. Et peu à peu, elles s’engouffrent, submergées par une multitude d’émotions principalement alimentées par la peur de mourir, de rester diminuées, de souffrir et de faire souffrir leurs proches. Elles vont passer par une période de grande confusion, qui se caractérise par une alternance des moments d’espoir, où elles ont la certitude qu’elles vont guérir et des moments de désarroi où elles ont une incertitude profonde vis-à-vis de leur avenir. Vais-je vraiment m’en sortir ?! Se demandent-elles à ces moments. Dans un tel contexte, les femmes se sentent fragiles et vulnérables face à cette période où elles doivent faire des choix cruciaux pour leur vie. La vie est courte, je dois revoir mes priorités ! De ce fait, il est possible que la patiente refuse de divulguer le diagnostic à ses proches. Sans blâme, car elle agit généralement par amour, motivée par le désir aimant de ne pas causer de peine à son entourage. Je ne veux pas que mon mari s’inquiète, je ne veux pas que mes enfants soient tristes. Au moment de l’annonce du diagnostic, les femmes sont déjà conscientes qu’elles devront possiblement subir une chirurgie du sein qui les mutilera et des traitements de chimiothérapie susceptibles d’avoir d’importants effets indésirables dont elles craignent qu’ils détruisent à jamais leur féminité, leur beauté, l’image qu’elles ont d’elles-mêmes et leur estime de soi. De ce fait, elles vont sombrer dans une détresse psychologique et émotionnelle, qui se manifestera très souvent par des crises d’anxiété voire une dépression.

                              2- Pendant le traitement

La chimiothérapie et ses effets secondaires. La fatigue, l’insomnie, la perte d’appétit, les nausées, les vomissements, la perte des cheveux, la sécheresse vaginale et la perte de la libido affaiblissent et vulnérabilisent les femmes, ce qui diminue leurs activités quotidiennes. Ajoutée à cela, la perte de leur sein conduit plusieurs femmes à la dépression, car estiment-elles, le sein représente la marque sensuelle de leur féminité, de leur pouvoir de séduction et de leur attirance corporelle. Docteur, je ne me sens plus femme ! Je me sens laide.

La vie conjugale n’est malheureusement pas épargnée. En effet, lorsqu’elles reçoivent le diagnostic de cancer du sein, sept femmes sur dix sont mariées ou habitent avec un conjoint avec qui elles sont en relation depuis déjà quelques années. Le choc de l’annonce du diagnostic heurte les deux partenaires et crée généralement un climat de tension visible dans le couple, très souvent induit par le conjoint, qui s’accommode mal de la nouvelle réalité. Comme si cela ne suffisait pas, l’intimité du couple est mis à mal par les effets secondaires du traitement. Entre le manque de désir sexuel, l’absence d’orgasme, la sécheresse vaginale, et les douleurs importantes lors de la pénétration, la fréquence des rapports sexuels dans le couple va diminuer autant que le plaisir ressenti lors du passage à l’acte. Situation pour le moins dramatique, qui peut conduire à l’infidélité du conjoint, une séparation ou un divorce dans certains cas. Cette peur constante d’être rejetée par leur partenaire constitue donc pour elles une source importante et permanente de stress.

Pour ce qui est de leur plus beau trésor, leurs enfants, ces femmes souffrent certes en silence, mais profondément, de ne plus pouvoir s’en occuper avec la même attention et la même dévotion qu’avant la maladie. Elles ont l’impression de perdre du temps précieux avec leurs enfants, dans le sens où elles ne peuvent plus participer à leurs activités, principalement en raison de la fatigue, du stress et du manque d’énergie qu’elles ressentent en permanence suite à leur traitement. Elles donneraient tout pour retrouver une vie normale, mais elles sont douloureusement obligées de se rendre à l’évidence que désormais dans leur vie, rien ne sera plus comme avant.

 

                              3- Après le traitement

La fin du traitement ne marque pas toujours la fin des écueils pour ces femmes. Une fois les traitements terminés, elles continuent de subir certaines conséquences de la maladie, tant sur le plan physique, émotionnel que social. Malgré ces répercussions de la maladie qui persistent dans leur vie, elles subissent en permanence une pression de la part de leur entourage, de redevenir le plus rapidement possible la personne, la femme, la mère qu’elles étaient auparavant. Pendant cette période de rémission, elles se sentent seules, puisqu’elles savent que leur entourage ne peut pas comprendre ce qu’elles vivent, ce par quoi elles passent. Elles se sentent parfois déconnectées de la réalité, car elles sont les seules à avoir reçu le diagnostic, elles sont les seules à vivre quotidiennement avec les effets secondaires des traitements et elles sont les seules à constamment faire face au spectre redoutable d’une possible récidive du cancer. Quelle expérience éprouvante !

 

EN DÉFINITIVE, CE QU’IL FAUT RETENIR C’EST QUE…

Vivre avec le cancer du sein est un véritable chemin de croix. C’est vivre à contre cœur la perte de sa beauté physique. C’est vivre à contre cœur le fait de ne plus reconnaître sa propre image dans un miroir. C’est vivre avec l’incertitude permanente qu’on sera toujours là dans le futur. C’est vivre avec l’incertitude permanente qu’on verra nos enfants grandir, qu’on sera là pour partager leurs joies et leurs peines, leurs succès et leurs échecs. C’est vivre avec l’incertitude permanente que le conjoint nous aimera toujours, qu’il ne s’en ira pas. C’est devoir à contre cœur accepter que rien ne sera plus jamais comme avant dans sa vie et que peut-être la vie elle-même ne sera plus. Cet article vous a plongé au cœur du vécu de ces femmes afin de vous aider à mieux les comprendre et mieux les soutenir en conséquence. Aussi, courage et hommage à toutes ces femmes à travers le monde, qui se battent chaque jour et sans relâche comme des guerrières de la vie contre le cancer du sein, et résolument décidées à ne pas ployer sous le coup du fardeau.

 

Écrit par : Ulrich Igor Mbessoh, MD, MPH

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